11 octobre 1846

« 11 octobre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 207-208], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1282, page consultée le 25 janvier 2026.

Quelque part que vous soyez, mon adoré, je viens à vous les baisers sur les lèvres et l’amour dans le cœur si vous m’aimez et si vous pensez à moi, les griffes dégainées et prêtes à vous déchirer si vous êtes occupé à faire le joli cœur avec n’importe quelle femelle. Je suis armée de toute pièce comme vous voyez et disposée à la guerre si la circonstance l’exige. Cher bien-aimé, mon petit homme adoré, mon Toto, mon Victor, mon amant, mon dieu, mon tout, est-ce que tu ne viendras pas bientôt ? Tant que je ne t’aurai pas vu je serai triste et malheureuse car tu es ma joie et mon bonheur. Je voudrais savoir si tu souperas ce soir pour te préparer une bonne petite mangerie. Quand je grogne parce que tu viens trop tard, ce n’est que parce que je crains qu’on ne puisse rien trouver de bon, tous les marchés étant fermés. C’est par excès de zèle et de sollicitude que je suis méchante. Cela arrive plus de quatre fois. Plus on aime et plus on est féroce pour celui qui en est l’objet. Vous aimeriez peut-être mieux, dans ce cas-là, n’être pas tant aimé, mais on ne choisit pas, attrapéa ! Eh ! bien quand vous le seriez un peu, attrapéb, est-ce que je ne le suis pas depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre moi. Et chaumontel et je travaille et reverchon et le diable et son train. J’espère que je ne manque pas de nez de carton de rechange, je n’ai que l’embarras du choix. Je ne serais pas fâchée que vous en tâtassiez une fois dans votre scélérate de vie, de ce genre d’agrément, pour pouvoir juger par vous-même de mon bonheur quotidien. En attendant, je vous attends et je vous attendrai encore longtemps, trop probablement. Je vous aime malgré tout ça et je ne changerais pas l’ennui de vous attendre contre tous les plaisirs du monde qui ne seraient pas vous. Donc je ne suis pas si malheureuse que je le crois quelquefois et je ne dois pas me plaindre.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « attrappé ».

b « attrappé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.